dimanche 8 avril 2018



Les Kurdes après leur victoire contre Daech

« État des lieux et perspectives. »

 Vendredi 30 mars 2018

Palais du Luxembourg. Salle Clemenceau
15 rue de Vaugirard, 75006, Paris

 la situation des chrétiens de l’Irak depuis la conquête des Américains en 2003

     La séance fut inaugurée par le sénateur de Paris Rémi Féraud
J’étais chargé, comme intervenant, de traiter la situation des chrétiens de l’Irak depuis la conquête des Américains en 2003, et particulièrement de celle des chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive. J’ai commencé par faire un résumé historique des événements récents.

   Une délégation sénatoriale française, en janvier 2018, partit en Irak pour se rendre compte des conditions du retour des chrétiens, chaldéens, assyriens, syriaques orthodoxes et catholiques, dans leurs villes et villages du nord de l’Irak. 
    Le sénateur Bruno Retailleau avait présenté, il y a quelque temps, une proposition de résolution au Sénat. Elle invitait le gouvernement à « utiliser toutes les voies de droit pour reconnaître les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité, et les crimes de guerre perpétrés contre les minorités ethniques et religieuses et les populations civiles en Syrie et en Irak. » Cette proposition avait été adoptée à l’unanimité le 6 décembre 2016.
Mais revenons en arrière.
     Après l’instauration de l’État islamique de l’Irak et de Syrie à Mossoul (Daech), le 28 juin 2014, l’inquiétude gagna les chrétiens de la plaine de Ninive. Le 6 août 2014, tous s’enfuirent en catastrophe devant Daech, abandonnant leurs maisons, leurs biens, leurs travaux, leurs églises, leurs villages. Un bon nombre gagna les camps de réfugiés au Kurdistan irakien, province autonome, qui leur ouvrit généreusement ses portes, à Erbil, Duhok, Souleymania. Ils y survécurent tant bien que mal dans les camps, les mobiles homes, sous les tentes. La situation était difficile, mais ils ne perdirent pas espoir.
   Le 17 octobre 2016, les Américains, l’armée irakienne et les forces kurdes lancèrent enfin la bataille de Mossoul, et libérèrent villes et villages de la plaine de Ninive. Mossoul ne fut entièrement prise que le 9 juillet 2017.
   Actuellement, Tell Kaif, Bartella, Batnaya, Karamless, Qaraqosh se trouvent placés sous l’autorité de l’armée irakienne et des forces populaires de Bagdad, en grande majorité chiiites, Al-Hashd al-Sha’by.
   Tell Esqof, Baqofa, Bashiqa, Alqosh, Bahrzani sont protégés par les Peshmergas kurdes.

Projets de reconstruction

   Durant trois ans, plus de 12000 maisons, de nombreuses églises, furent détruites, brûlées par Daech, selon le Comité de reconstruction de la plaine de Ninive (NRC), mis sur pied  depuis la libération de Mossoul et composé des évêques des 4 communautés, chaldéenne, assyrienne, syriaque orthodoxe et catholique et d’autres dignitaires chrétiens. Le chantier de la reconstruction s’annonce long et coûteux.

   En 2017-2018, environ 7000 familles chrétiennes,  sont retournées vivre avec courage  et espoir dans leurs villes et villages, violemment dévastés et ruinés, dont une centaine à Mossoul-est, 3 à 4000 à Qaraqosh. Des commerces rouvrent leurs portes, mais il y a peu d’infrastructures, de services, de travail. La sécurité n’est pas assez assurée. Selon un habitant de Qaraqosh, H. N, les chrétiens ne croient plus en la protection de leurs partis politiques, ils sont victimes des escarmouches entre les divers groupes armés et les milices locales. Ils s'alarment de la montée du fondamentalisme islamique, après le passage de Daech, qui a contaminé par son fanatisme haineux un bon nombre d’habitants musulmans de la région.
   Ils s’inquiètent aussi de la rivalité entre le gouvernement central de Bagdad et celui d’Erbil, en conflit au sujet de la plaine de Ninive.  

   Pour la reconstruction de la plaine de Ninive (NRC), le coût est estimé à plus de 250 millions de dollars. L’État irakien est plutôt absent, le gouvernement s’avère incapable d’assurer la sécurité des chrétiens et de s’occuper de leur situation financière. Il participe indirectement à leur exode. Selon le grand philosophe hollandais Spinoza (1632-1677), l’État est pourtant fait « pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve, aussi bien qu’il se pourra et sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. (…) La fin de l’État est donc en réalité la liberté ». Spinoza voyait dans la sécurité la fonction principale de toute société et de tout État. Mais cette fonction est-elle aujourd’hui remplie en Irak ?


     Les Chrétiens comptent pour la reconstruction sur les Églises du pays et sur leurs jeunes Partis Politiques. Le patriarche chaldéen Louis Sako et les évêques font tout leur possible pour les faire rester sur leurs terres. Ils les accueillent, nombreux, dans leurs églises pour les fêtes et y voient des signes d’espérance.
     Le diocèse de Lyon, avec Monseigneur Barbarin, a établi un partenariat avec Monseigneur Petros Mouché, archevêque syriaque catholique de Mossoul, de Kirkouk et du Kurdistan, et créé la Fondation Saint Irénée.
    Grâce au soutien et au dévouement de Monseigneur Yousif Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et de Souleymania, les étudiants, au nombre de 750 000 l’an dernier, ont pu poursuivre leurs études. Depuis l’automne 2017, la plupart sont retournés à l’Université de Mossoul, en partie réhabilitée depuis la libération de la ville. Le diocèse de Paris, dans le cadre de sa Campagne de carême 2018, assurera en partie l’aide au transport de ces étudiants entre leurs villages et Mossoul.

   Deux ONG américaines, sont à l'œuvre : citons Les chevaliers de Colomb, puissante organisation catholique de bienfaisance, indépendante, présente en 2006 dans 12 pays. Elle fut fondée en 1882 par Michael McGivney, fils d’immigrants irlandais et regroupe 1,8 millions de membres à travers le monde.
   Avec In Defense of Christians (La défense des chrétiens, IDC), elle fit une enquête complète sur les violences commises par Daech contre les chrétiens et réalisa un rapport de 300 pages, « Génocide contre les chrétiens au Moyen-Orient », qui fut remis à John Kerry, ministre des affaires étrangères, en mars 2016. IDC appelle les Américains à aider concrètement les chrétiens du Moyen-Orient, se rend en Irak et fournit une aide d’urgence aux réfugiés.
 
    Fraternité en Irak, présidée par Faraj Benoit Camurat, s’est engagée à rénover des appartements à Qaraqosh, saccagés par les djihadistes, à relancer des commerces et des petites entreprises, 21 à ce jour. Elle travaille à rouvrir les urgences à l’hôpital, la maternité et un service de soins dentaires, aidée par l'Oeuvre d’Orient. Elle restaure, après le passage ravageur de Daech, le beau sanctuaire ancien de Mar Behnam, un martyr du IVeme siècle, haut lieu de pèlerinage pour tous les chrétiens d’Irak, situé à quelques kilomètres de Mossoul. Elle projette aussi de sauver des décombres la vieille église syriaque catholique al-Tahira à Mossoul.
  
     L’Œuvre d’Orient, présidée par monseigneur Pascal Gollnisch, se rend, elle aussi, régulièrement au Kurdistan où elle fournit une aide d’urgence et mène de nombreux projets, dont la reconstruction de Qaraqosh.

   L’Aide à l’Église en détresse (AED), avec son directeur Marc Fromager, a lancé le 28 septembre 2017 à Rome l’opération : « Retour aux racines », et finance la reconstruction de nombreuses maisons à Qaraqosh, Bartella et Bashiqa. Elle a décidé récemment d’une nouvelle aide de cinq millions de dollars pour 2000 habitations supplémentaires, afin de permettre aux chrétiens de revenir chez eux.
 
     L’association S.O.S. Chrétiens d’Orient, dirigée par Benjamin Blanchard, s’est rendue sur place. Elle a entrepris un énorme travail de reconstruction de maisons, d’ouverture d’écoles, comme celle des saints Benham et Sarah à Erbil, celle de Thomas au petit village de Mangesh. Elle a installé deux caravanes médicalisées à Mangesh et à Ankawa. Elle multiplie les projets.

La Solidarité chrétienne internationale (CSI), organisation chrétienne œcuménique de défense des droits de l’homme, fondée par le pasteur Hans Stuchelberger, apporte aussi son soutien aux réfugiés.
  
   Une petite ONG, l’association Aux porteurs de lumière (APL), fondée en 2016 et présidée par l’architecte alsacien Bernard Geylr a fondé à Kirkouk un cabinet dentaire, deux écoles maternelles et à Souleymanieh la Maison de la miséricorde, en construction, pour accueillir les personnes âgées et la petite enfance. Une section est réservée aux malades atteints de la maladie d’Alzheimer.
   La célèbre Fondation Raoul Follereau aide les chrétiens d’Irak et de Syrie à rentrer chez eux.  
   D’autres ONG, hors de la France, tentent de venir en aide aux chrétiens d’Orient et d’Irak.

 L’inquiétude

  Les chrétiens pourront-ils compter sur l’aide internationale ? Le gouvernement hongrois a donné une substantielle aide matérielle pour le retour des réfugiés irakiens dans leurs villages.
   Depuis le Référendum sur l’indépendance du Kurdistan, proposé par Massoud Barzani le 25 septembre 2017, qui remporta une majorité de « oui », mais fut rejeté par le gouvernement irakien, les pays limitrophes et les grandes puissances, les frontières et les aéroports demeurent fermés et la région asphyxiée.
   Les chrétiens vivent dans l’inquiétude sur la terre de leurs ancêtres. Ils craignent la haine des musulmans radicaux et n’ont plus confiance. La vie en société n’est possible que si les êtres s’acceptent mutuellement. La cohabitation pacifique avec d’autres communautés sera-t-elle encore réalisable ? « Je crois, a déclaré le sénateur Bruno Retailleau, que « les Irakiens se sentent davantage liés par leur religion que par une appartenance nationale. »

   Beaucoup de chrétiens de l’Irak et spécialement de la plaine de Ninive, ont un grand problème de sécurité. Ils sont tentés par l’exil et l’immigration vers l’Occident. D’autres espèrent, malgré tant de calamités et de malheurs, pouvoir rester dans le pays de leur coeur.

   Á la fin de mon intervention, le public m’a posé des questions sur le nombre de ces Assyro-chaldéen-syriaques, sur leur langue araméenne et leurs perspectives d’avenir.
   Je remercie vivement monsieur Nezan Kendal et l’Institut kurde qui m’ont donné la possibilité de parler de la situation actuelle des chrétiens de l’Irak et de la plaine de Ninive.
  
Ephrem Isa YOUSIF












vendredi 6 avril 2018




حدث هام: ترجمة اناجيل ܦܫܝܛܬܐ بشيطتا الى الفرنسية بعد 1800 عاما.

     تُرجمت الأناجيل في الآرامية-السريانية، بشيطتا، مؤخرا الى اللغة الفرنسية. هذه هي الترجمة الفرنسية الأولى لهذا النص القديم جدا، والذي يعكس الخطاب الروحي ووسط الاجتماعي ليسوع في ذلك الوقت. تكلم يسوع بالآرامية [ونها اتت السريانية]، مثل بقية سكان الجليل، وعرف العبرية وقرأها في الكنيس اليهودي.
 
  جرت ترجمة هذه الاناجيل الاربعة من اليونانية الى السريانية منذ القرن الثاني الميلادي واخذت اسم ܦܫܝܛܬܐ بشيطتا.  ان لغة الأناجيل الأربعة السريانية هي واحدة من أقدم اللغات الشرقية التي يتحدث بها ولا يزال قسم من المسيحيين الشرقيين. انها اللغة الليتورجيا للكنائس الآشورية والكلدانية والسريانية والمارونية. هذه الترجمة تضع تحت تصرف القارئ الفرنسي نضارة ونكهة وأصالة هذه الأناجيل.
   
  قام بالترجمة الفرنسية باتريك كلام وابنه يواكيم إيلي، المؤلفان المتخصصان في اللغات الشرقية والسريانية. تبدأ الترجمة "بأبينا الذي في السماوات" في السريانية مع ترجمتها كلمة بالكلمة الى اللغة الفرنسية. وهناك بعض الشروحات في نطق الصوتيات، ثم تليها مقدمة جيدة، ومعجم مفيد والملاحظات الهامة.
  نشر الكتاب من قبل ديسكلي دي بروور، في باريس، 361 صفحة.
اشتريت الكتاب وقراءته باهتمام وأوصي به للقارء الذي يرغب كشف نكهة الاناجيل البسيطة.
افرام عيسى يوسف  باريس
9 فبراير 2018

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Les Evangiles (Pshitta) traduits en français
   Evénement : les Evangiles en Araméen-Syriaque, Pshitta, traduits récemment en français. C’est la première traduction en français de ce texte fort ancien qui reflète le discours et le milieu de Jésus à cette époque. Jésus parlait l’araméen, comme les habitants de la Galilée, et connaissait l’Hébreu qu’il lisait à la synagogue.
   La Bible araméenne-syriaque a été traduite du grec dès le deuxième siècle de l’ère chrétienne.  Les quatre évangiles de la Pshitta, en araméen, une des langues les plus anciennes encore parlée par les chrétiens d’Orient, langue liturgique des églises assyrienne, chaldéenne, syriaque et maronite,  nous rapprochent du discours de Jésus, de sa mentalité  et de sa sagesse orientale. Cette traduction met donc à la disposition du lecteur français la fraîcheur, la saveur et l’originalité de ces évangiles.
   Patrick Calame et son fils, Joachim Élie, les auteurs, spécialistes de langues orientales, ont fait un travail de qualité. L’ouvrage commence par le « Notre Père » en araméen avec traduction mot à mot en français.  Suivent quelques indications de prononciation de la phonétique, puis une longue introduction, un utile lexique et des notes importantes.  L’ouvrage est publié chez Desclée de Brouwer, Paris, 361 pages. Je viens de l’acquérir et de le lire avec intérêt et je le recommande vivement.
Ephrem Isa YOUSIF
9 avril 2018  Paris